COP21/CMP11 - Session de négociations climatiques à Paris (30 novembre-11 décembre) – Compte-rendu du mardi 08 décembre

Les travaux mandatés par la Présidence française de la COP21 sont désormais bien lancés et de nouveaux facilitateurs ont été nommés sur les forêts, les mécanismes coopératifs et les mesures de riposte. Ce dispositif est bien reçu à ce stade par les Parties qui nous apportent pour la plupart un fort soutien. Lors du Comité de Paris du soir, l’annonce par le Président de la COP21 d’une nouvelle version du texte de travail pour le mercredi 9 à 13h a été bien accueillie et la présidence française est soutenue dans son effort. La journée se caractérise par ailleurs par l’organisation des derniers focus LPAA de la COP21.

1. Evolution des négociations

Les consultations thématiques menées par les ministres facilitateurs se sont poursuivies aujourd’hui. Un travail important a été réalisé dans le groupe consacré à l’ambition (co-facilité par les ministres de la Norvège et de Sainte-Lucie), où, hormis quelques pays homodoxes (like-minded) comme Bolivie, la Chine ou encore l’Arabie Saoudite, l’ensemble des Parties ont fait preuve d’ouverture et présenté de nombreuses propositions textuelles concrètes. Dans une atmosphère apaisée, les débats sur les moyens de mise en oeuvre (Allemagne et Gabon) ont permis de débloquer le sujet de la finance pré-2020. En revanche, des discussions sont encore nécessaires au sujet du mandat du Comité permanent sur la finance. Lors de consultations bilatérales au sujet de la différenciation (Brésil, Singapour) l’Union européenne a rappelé sa flexibilité au sujet des finances, à condition d’ancrer dans l’accord un système unifié sur la transparence applicable à tous. Des avancées ont pu être enregistrées au sujet de l’adaptation et les pertes et dommages (Bolivie, Suède), au cours d’entretiens bilatéraux avec le Groupe de l’intégrité environnementale et le G77, qui a indiqué être prêt à faire preuve de souplesse, après coordination. Les Etats-Unis et les autres pays développés ont exprimé pour la première fois en salle la possibilité d’accepter la mention des pertes et dommages dans la partie opérative de l’accord, à la condition que soit intégrée une clause excluant tout droit de recours à des compensations, pour l’instant rejetée par les petites îles du Pacifique. Les échanges sur le pré-2020 (Gambie et Royaume Uni) ont été peu conclusifs, malgré la bonne disposition de l’Union européenne et de la Norvège, disposés à travailler avec les pays africains (Mali et Afrique du Sud), à trouver une solution sur le processus d’examen technique consacré à l’adaptation.
Des équipes additionnelles de consultation ont été créées au sujet des mécanismes coopératifs (co-facilitation par les ministres du Canada ainsi que de la République démocratique du Congo), les contrôles du respect des dispositions (compliance - Mexique), les forêts (Equateur, Suisse, République du Congo), ainsi que les mesures de riposte (Pologne, Egypte). La facilitation sur le préambule a été confiée au Venezuela.

Lors du Comité de Paris, le Président de la COP21 a exposé aux Parties sa vision du processus et la volonté de présenter une version « nettoyée » du texte le lendemain à 13, sur la base du document remis par l’ADP et rédigé avec l’aide de l’ensemble des co-facilitateurs. Les différents groupes ont publiquement annoncé leur soutien fort à l’approche proposée..

Sous la COP, les Parties se sont accordées sur le projet de décision sur la finance de long terme, saluant les avancées vers les « 100 milliards », sans citer, mais sans exclure les banques multilatérales de développement (MDBs) et les collectivités locales et reconnaissant l’importance d’un meilleur équilibre entre atténuation et adaptation.

2. Veille géographique

La présidence française a entamé aujourd’hui un intense travail de consultations pour mobiliser ses alliés parmi les Parties et préparer un contexte favorable à la publication du texte nettoyé des options techniques. Une grande confiance s’est dégagée des entretiens et aucune Partie n’a exprimé d’avis négatif sur le processus.
Le Ministre a rencontré le ministre indien de l’environnement et des forêts Prakash Javadekar, qui a exprimé son soutien et sa confiance sur la méthode choisie par la Présidence française ainsi que son appréciation de la reprise d’une grande partie des points évoqués pendant les consultations informelles de cette année. Sur le fond, M. Javadekar a émis des suggestions de langage sur la finance (s’agissant de l’extension de la base des donateurs, remplacer "parties willing to do so" par "doing so voluntarily") et la transparence (s’en tenir à un "enhanced system"). S’agissant du relèvement de l’ambition sur l’atténuation, il s’est montré ouvert aux cycles et à un bilan quinquennal, en faveur du principe de progression et de non-retour en arrière avec un ajustement « en tout temps » des engagements sans relèvement obligatoire de l’ambition.

Selon les propos de Xie Zhenhua, negociateur en chef chinois, lors d’un entretien avec le Ministre, il convient de donner satisfaction à certaines des demandes des pays homodoxes (LMDC), notamment s’agissant de la mise en oeuvre de la CCNUCC et de l’application de ses principes. Celles-ci satisfaites, ce groupe pourrait montrer davantage de flexibilité. Sur les finances, la Chine a rappelé que la déclaration sino-américaine constituait une bonne base, soulignant également le besoin d’encourager le secteur privé.

3. Plan d’Action Lima-Paris

Al Gore, Ségolène Royal, Jerry Brown et Rose Christiane Ossouka Raponda (la maire de Libreville) ont ouvert le Focus Villes et territoires devant une salle comble. La « vision à cinq ans », lancée ce matin, embrasse les initiatives opérationnelles de l’action locale et se fixe pour mots d’ordre : ambition, résilience, investissements et intégration verticale. La participation d’Arnold Schwarzenegger, porteur de l’initiative R20, a donné une large visibilité médiatique à cet enjeu. La maire de Nantes a annoncé la tenue d’un « Sommet des acteurs du climat » en 2016 dans sa ville. La ministre du Maroc a affirmé son soutien à cette dynamique qu’elle s’est engagée à poursuivre jusqu’à la COP22, dans la continuité de l’appel de Mme Girardin à enrichir la préparation de la conférence Habitat III grâce au LPAA. Le Focus Business, ouvert par John Kerry et Ban Ki-Moon (qui a appelé « 100% des entreprises » à lutter contre le dérèglement climatique), a rassemblé plus de 100 de dirigeants d’entreprises multinationales de tous pays et secteurs (ENI, Suez, Siemens, BP, State Grid of China, Crédit Suisse, Statoil, L’Oréal, Ikea, KPMG, Vestas…). Parmi les annonces les plus importantes, Acciona a pris l’engagement ambitieux d’atteindre la neutralité carbone dès 2016. ABP et Allianz ont annoncé avoir rejoint hier la Portfolio Decarbonization Coalition, ce qui permet à celle-ci de passer en une journée de 140 à 640 milliards de dollars d’actifs couverts. Les PDG ont ensuite débattu du prix du carbone et de son calcul, en fonction de différents objectifs.

4. Veille société civile

Les attentes formulées jusqu’ici de manière informelle à la Présidence se sont désormais transformées en critiques publiques à notre égard. Avec la publication d’un article mettant en cause la France dans la newsletter des ONG hier matin, de nombreux messages de frustration nous sont parvenus dans la journée et surtout la soirée d’hier. Les ONG font état d’un certain scepticisme suite à la mise en place du Comité de Paris, mais souhaitent toutefois rester optimistes. Toutes attendent avec beaucoup d’impatience la sortie du nouveau texte avant de porter un jugement, même si on peut déjà noter une certaine inquiétude quant à l’avancée des négociations, beaucoup craignant que les options ambitieuses du texte soient rejetées pour aboutir au plus petit dénominateur commun. Quatre sujets focalisent leur attention : un objectif de long terme ambitieux (1,5°C et « 100 % d’énergies renouvelables en 2050 »), la date de la première révision des engagements ainsi que les financements et l’intégration des droits fondamentaux dans l’article 2.

Compte-rendu réalisé par Milena Beekmann.

Dernière modification : 10/12/2015

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