COP21/CMP11 - Session de négociations climatiques à Paris (30 novembre-11 décembre) – Compte-rendu du lundi 07 décembre

La première session très attendue du « Comité de Paris », a été l’occasion d’un bilan du nouveau mode de travail proposé par la France. Les groupes thématiques se sont globalement bien déroulés et ont permis de raffermir les compromis esquissés par les négociateurs. La coordination difficile du G77 et l’attitude réservée des LMDC et du groupe Arabe sont toutefois des points de vigilance, de même que l’organisation future des travaux – au sujet de laquelle nous recevons beaucoup de questions. Les frustrations des ONG à notre égard (transparence, initiatives problématiques du LPAA) doivent être traitées au plus vite.

1. Evolution des négociations

Le segment de haut niveau a été ouvert ce matin. Devant tous les ministres présents, le Président de la COP, le Secrétaire général des Nations unies, le Président de l’Assemblée générale des Nations unies, le nouveau Président du GIEC et la Secrétaire exécutive de la CCNUCC ont appelé à une action climatique déterminée. Le Président de la COP a annoncé que notre objectif était d’avoir mercredi une première vision d’ensemble de l’accord final. Alors que Hoesung Lee, Président du GIEC, a indiqué une probable hausse des températures au-delà de 1°C à la fin de cette année par rapport aux niveaux préindustriels, la Secrétaire exécutive a noté que les « étoiles s’alignaient » et qu’il convenait maintenant de cristalliser cette dynamique par un accord : « L’histoire vous a choisi, ici, maintenant ».

Dans l’ensemble, les différentes discussions facilitées par les ministres avancent bien, dans une atmosphère positive, même si les modalités de travail sur le texte doivent encore être précisées. Sur le renforcement de capacités, l’idée d’un comité ainsi que d’un programme de travail dédié progresse, mais il reste à déterminer si cela pourra remplacer la création d’un mécanisme (revendication originelle du G77). Les formulations de compromis dans le domaine de l’atténuation se précisent, notamment s’agissant de l’objectif de température, ainsi que du lien entre évaluation collective et cycles de contributions d’atténuation. Au niveau du pré-2020, on peut relever davantage de soutien, grâce à la flexibilité affichée par l’Afrique, à l’idée d’un dialogue facilitateur sur l’ambition. Sur la différenciation, la bonne facilitation du ministre singapourien et l’attitude constructive de l’Afrique du Sud ont contribué à la qualité des débats, qui portaient sur l’objectif de l’accord et l’atténuation. Sur le sujet des technologies, de nombreuses réunions se sont tenues autour de l’enjeu des droits de propriété intellectuelle. Aucun texte n’a été présenté mais les Parties ont insisté sur leurs flexibilités, dans une volonté d’apaisement. La coordination du G77 est apparue difficile sur tous les sujets, l’ambassadrice Diseko donnant peu d’indications précises sur les positions du groupe et demandant simplement les questions par écrit.

2. Veille géographique

Des consultations informelles, co-facilitées par les ambassadeurs Delattre et Garcia (Pérou), ont eu lieu sur le processus de prise de décision. La Russie, rappelant le « viol outrageux » du règlement intérieur lors de la COP18, demande des garanties pour que cette situation ne se reproduise plus. L’ambassadeur Delattre a proposé de poursuivre les discussions lors de la session des organes subsidiaires de Bonn en juin 2016, évacuant ainsi soigneusement ce point potentiellement sensible.
En coordination européenne, le Commissaire Cañete a identifié cinq points sur lesquels l’UE doit rechercher des compromis avec ses partenaires : la force juridique des engagements d’atténuation, le caractère quantitatif ou qualitatif de l’objectif de long terme s’agissant des émissions de gaz à effet de serre, l’articulation entre les objectifs de 2°C et 1,5°C, un système unique mais flexible de transparence pour le post 2020 et la mention des pertes et dommages dans l’accord. Plusieurs délégations ont mis l’accent sur l’importance de bien choisir le moment où débloquer ces questions. Le Commissaire a également mis en garde contre les « pièges tendus » par certains pays, qui oeuvrent en faveur d’un accord peu ambitieux et bloquent les propositions d’avancées. Il a mentionné le G77 et l’Ambassadrice Diseko.
Lors d’une conférence de presse, le ministre indien de l’environnement Javadekar a fait état d’un consensus autour d’une révision des engagements tous les 10 ans, sans retour possible en arrière. Il s’est montré satisfait de la nomination des facilitateurs, malgré l’absence de ministre indien, ainsi que du rôle de la Présidence française.

3. Plan d’Action Lima-Paris

Le Focus LPAA « Energies renouvelables  » a été ouvert par Ségolène Royal, aux côtés notamment de M. Grimsson, Président de l’Islande. L’Alliance mondiale pour la géothermie a été lancée et rassemble 28 partenaires, comme la France, l’Islande et le Kenyan, et a pour objectif l’augmentation de 500% de la capacité de génération d’énergie géothermale d’ici 2030. IRENA a présenté son initiative « SIDS Lighthouses » pour le déploiement des énergies renouvelables dans les petits Etats insulaires, qui réunit désormais 29 Etats. Goldman Sachs a rappelé l’extension de son objectif de financement des énergies renouvelables, de 50 à 150 milliards de dollars. Cette journée a également permis de lancer officiellement l’initiative pour le déploiement des énergies renouvelables en Afrique (Africa Renewable Energy Initiative) en présence du ministre égyptien de l’environnement et président de l’AMCEN, Khaled Fahmy, et des ministres de l’Environnement du Canada et d’Allemagne, de Laurent Fabius et de Ségolène Royal. M. Fahmy a présenté l’objectif de l’initiative : 10 GW d’électricité renouvelables additionnels sur le continent africain d’ici 2020 et 300 GW d’ici 2030. Les annonces financières, notamment de la France, permettront d’atteindre 10 milliards de dollars de financements publics d’ici 2020, prêts et dons, soit le coût nécessaire pour fournir ces 10 GW. L’objectif est atteint, c’est un très grand succès. L’événement parallèle « Solutions pour le financement d’une économie à bas carbone », organisé par la Caisse des dépôts et Europlace, a vu l’adoption d’une déclaration pour une économie bas-carbone par vingt-cinq investisseurs de long-terme européens. Le groupe CDC a notamment annoncé passer de 3 à 5 milliards d’euros de financements en faveur du climat et la BEI a confirmé son objectif de consacrer au moins 25% de ses prêts au climat, soit environ 100 milliards de dollars, en 5 ans.

4. Veille société civile

Les ONG se sont fortement mobilisées aujourd’hui pour mettre les ministres face à leurs responsabilités, leur rappelant qu’ils ont le choix entre la signature d’un accord minimaliste intitulé « the 3 degrees deal », et un accord ambitieux visant l’objectif de 1,5°C et mettant en place l’ensemble des éléments nécessaires pour y parvenir. Les ONG se mobilisent notamment en faveur d’un objectif de long terme couplant l’objectif thermique de 1,5°C à sa traduction concrète de « 100 % d’énergies renouvelables en 2050 ». Elles ont clairement pris pour cible l’Arabie Saoudite et ne se privent pas de critiques et campagnes de mobilisation à son égard. Plus inquiétant, les attentes formulées jusqu’ici de manière informelle à la Présidence sur la transparence se transforment progressivement en critiques publiques à notre égard, et une attention particulière doit donc y être portée.

Compte-rendu réalisé par Milena Beekmann.

Dernière modification : 09/12/2015

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